Cadre de vie

Mickaël Castendet : Le périple migratoire

Écrit par Gestionnaire. Publié dans Cadre de vie et environnement

A Alep, la seconde ville de Syrie, vivaient Bâna et Tarek, les parents d’°Adnan. Depuis quelques

temps, une guerre s’était déclarée dans leur pays, ravageant tout sur son passage. Plus des trois quarts de la population avaient fui. Avant le conflit, il y avait 2,302 millions d°habitants ; aujourd’hui, il n’en restait plus que 200 000. Tarek, en bon chef de famille voulait fuir son pays pour protéger sa famille. ll se rendit à la frontière turque pour trouver un passeur qui leur ferait traverser la Méditerranée.

Là-bas, il y en avait des centaines, ils se faisaient la guerre pour amasser le plus de clients. Tous avaient des prix différents. Comme la petite famille avait de faibles revenus, Tarek décida de choisir un passeur << low cost ›› ayant des prix assez bas : 1600 € par personne, 4800 € pour trois. A ce prix-là, l’homme ne proposait qu’une traversée en embarcation gonflable. Le départ était prévu deux jours plus tard. Avant cela, le père devait verser un accompte, équivalent à 2400 €, la moitié de la somme totale. Les parents ayant fait des économies depuis plusieurs années, purent réussir à payer le passeur. Le lendemain, la famille était amenée sur la côte turque en vue de l'embarquement qui se faisait le jour suivant.

Au petit matin, ils étaient tous les trois stressés et contents sauf Adnan qui ne voulait pas partir ; ils lui ont demandé de << clouer son bec ››. Il était aux environs de trois heures du matin quand ils embarquèrent à bord du modique bateau tout juste gonflé pour pouvoir supporter le voyage. Ils versèrent la dernière partie de la somme qu’ils devaient. Ils étaient environ cinquante entassés pour au minimum dix heures de navigation. Bâna, la mère, était la plus triste, elle était née et vivait depuis toujours à Alep. Partir, pour elle, était une décision très difficile à prendre. Elle questionna son mari : << Tu as vu ça, un bateau sans moteur, comment on va faire pour arriver là-bas ?

- Ils m'ont dit qu°ils vont en apporter un, et puis, ne t’inquiète pas, on va avoir une belle vie en Europe ! ››

Ils étaient loin de se douter de ce qui allait arriver. Quelques heures de traversée plus tard, le bateau avait heurté un rocher après que le moteur avait rendu son dernier souffle. Ce rocher avait troué l’embarcation. Ils n’avaient aucun moyen de le reboucher tandis que l’eau rentrait. Le bateau commençait à couler et aucune solution n’était trouvée.

Ils décidèrent tous de sauter à l’eau. Au loin, un pêcheur aperçut des personnes en train de se débattre pour rester à la surface.

Malheureusement, dix personnes s’étaient déjà noyées dont les parents d’Adnan. Le pêcheur arriva et proposa d’emmener six personnes au maximum sur la côte ouest de l’Italie. Parmi les chanceux, Adnan avait réussi à grimper à l’échelle du bateau.

Arrivé en Italie, il fut accueilli provisoirement dans un centre d’accueil avant d’être enregistré comme << Migrant mineur en demande d'asile ›>.

Trois mois plus tard, il fut envoyé en France où il apprit le français pendant ses années de collège. ll était hébergé dans une famille qui avait accepté de l’accueillir. Son niveau était remarquable, cela se confirma pendant ses trois années de lycée. ll commençait à s`intéresser à la politique depuis que des évènements dramatiques s’étaient produits en France. Pendant un meeting du Front National, il rencontre Marion, une jeune militante. ll échangea pendant de longues minutes avec cette fille sans savoir qui elle était vraiment. En réalité, c’était la cofondatrice du parti. Elle trouvait que les arguments d’Adnan étaient bien construits et justes. Elle le convainquit de prendre une adhésion au sein de son parti.

Plusieurs années plus tard, Adnan était au plus haut grâce à Marion, ce qui lui permet d’officialiser sa candidature aux élections présidentielles. Lors de son premier meeting à Nice, il prononça des propos qui choquèrent une partie des Français.

Quelques jours plus tard, en plein débat, il fut assassiné d’un coup de fusil. Le parti fut dissous le lendemain de son enterrement. Comme quoi, tout ce qui brille n’est point or.