Deux jeunes cruciblanchais à l’honneur au concours de Nouvelles de Polarencontre à Bon Encontre. Deux élèves de Seconde du Lycée Jean Baptiste De Beaudre, laureats du concours sont issus de la Croix Blanche : Lisa Hemery et Mickaël Castendet .

Lisa Hemery : Elle est la vie

Maman,

J ‘ai enfin fait mon choix. Il faut que je t’avoue quelque chose. Depuis que je l’ai rencontrée je suis heureux, elle me rend heureux. Tu sais ces derniers temps j’étais à l’Ouest, tu l’as remarqué d’ailleurs.Tu te souviens quand tu m’appelais pour que je rentre à la maison, tu t’inquiétais pour moi mais ne t’en fais pas Maman, j’ai trouvé quelqu’un qui veillera sur moi. On s’est rencontré à l’hôpital le jour où j’ai fait mon malaise. Elle a pris soin de moi ce jour-là. On s’est ensuite rapproché, elle est très vite devenue quelqu’un sur qui je peux compter. Je suis tombé amoureux d’elle. Bordel si tu savais comme je l’aime. Aujourd’hui j’ai décidé de partir, j’ai besoin de m’enfuir avec elle, loin de tout, loin de cette vie qui m’étouffe depuis dix-neuf ans. Je sais ce que tu penses, que je ferais mieux de rester mais c’est trop tard. Elle me rend fou, je pourrais faire n’importe quoi pour elle. Je sais que je vais vous faire du mal à toi et à Papa mais c’est comme ça n’est-ce pas ? Souviens-toi de l’époque où vous vous êtes rencontrés avec Papa. Pense au moment où vous êtes tombés amoureux l’un de l’autre. Ne me dis pas que tu n’avais pas qu’une seule envie, celle de partir avec lui… Eh bien moi c’est ce que je choisis et je pense avoir fait le bon choix. Elle est celle qu’il me faut j’en suis sûr ! N’essaie pas de me retrouver. A l’heure où tu liras ceci je serai déjà loin. Pardonnez-moi. Je vous aime fort. Jack.

Après avoir lu ceci je m`écroulai. Mon fils avait décidé de partir mais comment allais-je faire sans lui ? Il a toujours été là pour moi et moi pour lui. Il n’avait laissé que cette lettre sans indications ni sur l’endroit où il se trouvait ni sur cette charmante demoiselle avec qui il s’était enfui… Mon fils ne pouvait pas faire les choses correctement nous la présenter la voir tous les jours, penser que c’est la femme de sa vie, puis ils se quittent et il en retrouve une autre comme un gosse de dix-neuf ans ? Non lui préfère se barrer avec cette inconnue dans un endroit inconnu en laissant seulement cette lettre. Plus les minutes passaient, plus je relisais cette lettre, plus j’étais énervée, en colère, j’avais envie de tout casser mais pourtant malgré tout je ressentais toujours un sentiment de tristesse. J’avais mal au cœur. Bien sûr que je l’aime mon fils mais il est vraiment inconscient parfois. J’essayai «quand même de l’appeler mais bien sûr pas de réponse. Au fond de moi je m’en voulais j’avais l’impression de ne pas avoir fait les choses comme il fallait, j’en voulais à son père de ne pas être souvent à la maison, j’en voulais à cette fille, j’en voulais à l’homme qui avait fabriqué ce foutu stylo avec lequel il avait écrit cette lettre, je lui en voulais à lui de ne pas m’en avoir parlé plus tôt. J’en voulais au monde entier ! On frappa à la porte.

Cela faisait quatre jours que j’étais sans nouvelles de lui. J ‘avais tenté d’appeler la police pour signaler sa disparition mais mon mari m’en a empêché sous prétexte qu’il allait arrêter ses conneries et qu’il allait revenir d’ici peu de temps.

C’était un officier de police. Le visage fermé mais à la fois rempli de tristesse. Impossible de savoir ce qu’il se passait dans la tête de cet homme. Sans attendre il prit la parole : << Bonjour Madame >>. Je répondis seulement par un léger signe de la tête << Je suis vraiment navré mais j’ai une nouvelle assez délicate à vous annoncer. Nous avons retrouvé le corps de votre fils en bas d’une falaise. Pendant la matinée un homme nous a appelés pour nous le signaler. Cela fait trois jours que son corps était sur place. Il s’est suicidé. Il a laissé ceci dans la poche de son manteau pour vous. ›› Je restai clouée au sol. Ca faisait mal, très mal de l’entendre. J’étais anéantie. Cette fois-ci ce n’était pas seulement moi qui m’écroulais, C’était mon monde entier qui s’écroulait. Je ne pris pas la peine de répondre et me mis à pleurer. J’ouvris le petit bout de papier et lu ces quelques mots, les derniers

<< Elle est la mort >>.


 

Mickaël Castendet : Le périple migratoire

A Alep, la seconde ville de Syrie, vivaient Bâna et Tarek, les parents d’°Adnan. Depuis quelques

temps, une guerre s’était déclarée dans leur pays, ravageant tout sur son passage. Plus des trois quarts de la population avaient fui. Avant le conflit, il y avait 2,302 millions d°habitants ; aujourd’hui, il n’en restait plus que 200 000. Tarek, en bon chef de famille voulait fuir son pays pour protéger sa famille. ll se rendit à la frontière turque pour trouver un passeur qui leur ferait traverser la Méditerranée.

Là-bas, il y en avait des centaines, ils se faisaient la guerre pour amasser le plus de clients. Tous avaient des prix différents. Comme la petite famille avait de faibles revenus, Tarek décida de choisir un passeur << low cost ›› ayant des prix assez bas : 1600 € par personne, 4800 € pour trois. A ce prix-là, l’homme ne proposait qu’une traversée en embarcation gonflable. Le départ était prévu deux jours plus tard. Avant cela, le père devait verser un accompte, équivalent à 2400 €, la moitié de la somme totale. Les parents ayant fait des économies depuis plusieurs années, purent réussir à payer le passeur. Le lendemain, la famille était amenée sur la côte turque en vue de l’embarquement qui se faisait le jour suivant.

Au petit matin, ils étaient tous les trois stressés et contents sauf Adnan qui ne voulait pas partir ; ils lui ont demandé de << clouer son bec ››. Il était aux environs de trois heures du matin quand ils embarquèrent à bord du modique bateau tout juste gonflé pour pouvoir supporter le voyage. Ils versèrent la dernière partie de la somme qu’ils devaient. Ils étaient environ cinquante entassés pour au minimum dix heures de navigation. Bâna, la mère, était la plus triste, elle était née et vivait depuis toujours à Alep. Partir, pour elle, était une décision très difficile à prendre. Elle questionna son mari : << Tu as vu ça, un bateau sans moteur, comment on va faire pour arriver là-bas ?

– Ils m’ont dit qu°ils vont en apporter un, et puis, ne t’inquiète pas, on va avoir une belle vie en Europe ! ››

Ils étaient loin de se douter de ce qui allait arriver. Quelques heures de traversée plus tard, le bateau avait heurté un rocher après que le moteur avait rendu son dernier souffle. Ce rocher avait troué l’embarcation. Ils n’avaient aucun moyen de le reboucher tandis que l’eau rentrait. Le bateau commençait à couler et aucune solution n’était trouvée.

Ils décidèrent tous de sauter à l’eau. Au loin, un pêcheur aperçut des personnes en train de se débattre pour rester à la surface.

Malheureusement, dix personnes s’étaient déjà noyées dont les parents d’Adnan. Le pêcheur arriva et proposa d’emmener six personnes au maximum sur la côte ouest de l’Italie. Parmi les chanceux, Adnan avait réussi à grimper à l’échelle du bateau.

Arrivé en Italie, il fut accueilli provisoirement dans un centre d’accueil avant d’être enregistré comme << Migrant mineur en demande d’asile ›>.

Trois mois plus tard, il fut envoyé en France où il apprit le français pendant ses années de collège. ll était hébergé dans une famille qui avait accepté de l’accueillir. Son niveau était remarquable, cela se confirma pendant ses trois années de lycée. ll commençait à s`intéresser à la politique depuis que des évènements dramatiques s’étaient produits en France. Pendant un meeting du Front National, il rencontre Marion, une jeune militante. ll échangea pendant de longues minutes avec cette fille sans savoir qui elle était vraiment. En réalité, c’était la cofondatrice du parti. Elle trouvait que les arguments d’Adnan étaient bien construits et justes. Elle le convainquit de prendre une adhésion au sein de son parti.

Plusieurs années plus tard, Adnan était au plus haut grâce à Marion, ce qui lui permet d’officialiser sa candidature aux élections présidentielles. Lors de son premier meeting à Nice, il prononça des propos qui choquèrent une partie des Français.

Quelques jours plus tard, en plein débat, il fut assassiné d’un coup de fusil. Le parti fut dissous le lendemain de son enterrement. Comme quoi, tout ce qui brille n’est point or.